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Il est indubitable que les familles balte et slave partagent en commun de nombreux traits qui font qu'un grand nombre de comparatistes en ont fait une macro-famille au sens strict, imaginant qu'un proto-balto-slave aurait été parlé vers -2000 dans une vaste région couvrant approximativement ce qui est aujourd'hui les pays baltes, la Pologne et la Biélorussie.
Les certitudes en ce domaine sont moins claires aujourd'hui, et même si cette hypothèse est soutenue par certains linguistes et non des moindres (ainsi Georgiev, Szemerényi, Bader, Gamreklidze, Ivanov, Kortland, Hamp), certains lui opposent aujourd'hui un scénario où la cohabitation des deux groupes en des lieux voisins pendant une longue période joue un rôle important (ainsi Meillet). En réalité, le lexique, la phonétique et la morphologie sont très proches, mais la grammaire diffère sur certains points fondamentaux, tels le système verbal. Il semble toutefois qu'une ancienne unité balto-slave soit très probable.
Pour les défenseurs d'une ancienne unité balto-slave, le slave n'aurait été qu'un dialecte balte parmi d'autres avant d'être isolé par l'arrivée des Goths autour de Gdańsk et sur les bords de la Vistule, séparant ainsi les slaves, au sud, des autres baltes, sur le littoral. Ainsi, au Vème siècle, il existe déjà plusieurs tribus baltes, mentionnées plus tôt encore par Ptolémée ou Hérodote, alors que c'est une époque où le slave était encore une seule langue, et où donc les slaves ne formaient qu'une seule tribu.
Le slave apparaît donc comme un dialecte méridional du balto-slave, les langues baltes comme des dialectes plus septentrionaux, les dialectes intermédiaires ayant probablement été annihilées par l'arrivée des Goths. Les données archéologiques confirment par ailleurs une unité balto-slave.
Concrètement, la macro-famille balto-slave se caractérise par le fait qu'il s'agit de langues satem. Les "laryngales" y disparaissent en syllabe intérieure mais ont laissé des traces dans l'intonation. Les aspirées (telles /bh/) ont perdu leur aspiration sans que celle-ci laisse de trace), comme en iranien, mais qui ont contrairement à ce dernier des phonèmes distincts [e], [a] et [o] (au moins à date ancienne pour [o]). Les liquides voyelles r̥ et l̥ et les nasales voyelles m̥ et n̥ sont syllabisées, souvent en ir il im in, parfois ur ul um un, avec une excellente corrélation dans ce choix entre balte et slave. La satémisation est accompagnée d'un passage du proto-indo-européen s à š (qui passe à x en slave) après i u r k, ce qui n'est pas uniquement le cas en balto-slave (ainsi en indo-iranien). Il existe cependant des exceptions à la satemisation, plus en balte qu'en slave, et sans que la corrélation soit parfaite entre les deux. De plus, il existe en balte des exceptions au passage de s à š indiqué plus haut.
Le balto-slave est probablement le seul à avoir introduit des intonations, les voyelles longues et les diphtongues à premier élément long (y compris issu de bref ou liquide + laryngale) reçoivent un accent aigu, les diphtongues à premier élément bref le circonflexe. Ces accents, conservés en lituanien, correspondent respectivement en serbo-croate à une intonation descendante brève et à une intonation descendante longue. Les autres langues slaves n'ont conservé ces intonations qu'à l'état de traces.
Quelques dérivations communes au balto-slave:
- des abstraits en -bā-: lituanien ganýba (garde, pâture) de ganýti (paître) vs. slovaque plavba (navigation) de pláviť sa (naviguer)
- des noms d'agent en -tā-yo-: lituanien artóyas = vieux slave ratai (laboureur)
- un dérivatif verbal lit. -áuju = v.sl. -ujǫ: lit. keliáju (aller son chemin) et keliãvo (prétérit 3ps) vs. slovaque pracuje (il travaille) de pracovať (travailler)
Un terme spécifique au balto-slave est l'ordinal "huitième": v.lit. ãšmas, pr. asmus, v.sl. osmŭ, en regard du latin octāuus, gr ὄγδο(ϝ)ος.
Des correspondances existent entre le slave et le balte oriental, d'autres entre le slave et le balte occidental. Elles correspondent probablement à des contacts plus récents, d'abord d'abord entre slaves et baltes occidentaux, puis, une fois l'extension du domaine slave entamée, entre slaves et baltes orientaux. |