Généalogie et histoire en Nouvelle-France, au Bas-Canada et au Québec Lamagdeleine dit Ladouceur
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St-Hilaire de Villefranche Fort Ste-Thérèse  Régiment de Carignan-Salières Les concitoyens de Vivien Vivien et Marguerite Bourgeois Montréal à l'époque de Vivien
Vivien, témoin important

Vivie
n Lamagdeleine dit Ladouceur

1638


Vivien est né la même année que Louis XIV soit en 1638. Il fut baptisé à  l’église romane du village de St-Hilaire le dimanche 21 novembre 1638.  St-Hilaire,  appelé sous la Révolution « L’Égalité »,  est devenu en 1962 St-Hilaire de Villefranche, dans le territoire de l’évêché de Saintes,  en Poitou-Charentes.

Vivien  était le fils du laboureur Jean Magdeleine et d’Élisabeth Parisis. Sa mère, Élisabeth,  née vers 1607 à Saintes,  décéda le 29 juin 1679 à St-Hilaire. Elle était fille d’un dénommé Parisis, Paris ou Parrisise. Les grands parents de Vivier étaient Guillaume LaMagdelaine et  Marie Grenier , tous deux nés à  Saintes, en Saintonge. 

Église de Saint-Hilaire

Église de Saint-Hilaire, construite au XIIè siècle,restaurée de 1980 à 2000.

Carte chemin de Compostelle en Saintonge
"Et j'ai vu défiler ainsi que dans un songe 
Les yeux à demi-clos pour voir avec le coeur
Ce pays merveilleux qu'on nomme la Saintonge
Gâté par la nature et combien séducteur "

Evariste Poitevin, dit Goulebenéze

Carte St-Hilaire de Villefranche

La région est le Pays Vals de Saintonge qui a vu naître entre autres Aliénor d'Aquitaine, François Ier, Richelieu, Rabelais et Vauban.  Dès le Moyen-Age, de nombreux pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle cheminaient à travers le pays, d’Aulnay à Saint-Genis-de-Saintonge. C’est une terre de passage où se retrouvent de nombreuses églises romanes du XIè et XIIè siècles qui ont accueilli les pèlerins.  Le patrimoine roman est omniprésent :  églises, aqueducs, arches, amphithéâtre, etc. Dans certains coins du pays, on retrouve aussi des maisons à colombage.

maisonnette

Vivien fut probablement initié en bas âge au métier de paysan, se construisant de saison en saison un corps et une stature solide d’homme fort. Il fit l’apprentissage de la débrouillardise que développait à l’époque la paysannerie avec le  peu de ressources qu’elle disposait dans une France où les iniquités étaient grandes entre d’une part le haut clergé et la noblesse et d’autre part le bas clergé et le peuple. Il s’initia  aussi au métier de cordonnier, ce qui lui sera fort utile plus tard, dans l’armée et en Nouvelle-France.  Pour s’en sortir et améliorer son sort, il se fit très jeune soldat. Il s’engagea dans le régiment de Carignan qui avait  été levé en 1642 par Thomas-François de Savoie, prince de Carignan.  Selon la coutume qui voulait que l’on donne un surnom selon l’apparence, le métier, l’origine ou le caractère,  l’armée lui donna le surnom de Ladouceur, qu’il assuma durant tout son engagement un peu comme quand on entrait en religion. Il y endossa l’uniforme puisque  le régiment de Carignan fut l'un des premiers dans l'armée française à imposer l’uniforme.  Vivien portait l'épée et était armé du mousquet.


Soldat g

Il s’agissait d’une  tenue brune doublée de gris, couleur visible lorsque les manches étaient retroussées.Des rubans chamois et noir ornaient le chapeau et l'épaule droite.


1665

Colbert
 





Vivien  participa à la gloire qui fut le lot du régiment de Carignan suite aux succès obtenus durant  la guerre contre les Turcs. Succès qui amena Louis XIV  à fusionner le Régiment de Carignan avec celui de Salières, en 1659, sous le commandement de Henri Chastelard de Salières. Puis en 1660, prenant conscience de l’importance des colonies pour assurer la présence de la France dans les conquêtes du Nouveau Monde, Louis XIV chargea son ministre Jean-Baptiste Colbert de prendre les mesures nécessaires pour faire de la Nouvelle-France une colonie prospère. Priorité fut alors donnée à la défense de la colonie et, à l’été de  1665, pour une première fois en Nouvelle France, arrivèrent 1300 soldats appartenant au Régiment de  Carignan-Salières afin de  combattre la nation iroquoise.


NAVIRE
C’est ainsi, qu’à 26 ans, en pleine capacité physique et riche d’une expérience de vie à la dure, Vivien quittait le port de La Rochelle le 13 mai 1665 pour arriver à Québec le mercredi 19 août 1665, après  3 mois et  6 jours de navigation à bord du navire « La Paix », navire de 180 ou 300 tonneaux, sous la direction du capitaine Etienne Guillon Sieur de Laubertière. Les soldats des compagnies La Colonelle, Maximy, Sorel et Contrecœur dont faisait partie Vivien étaient sur ce bateau tandis que d’autres compagnies voyageaient sur « L’Aigle d’Or » de Brouage navire de 400 tonneaux et dont le capitaine était le Sieur de Villepars. À son voyage de retour pour la France,  « La Paix » fit naufrage à la hauteur de Matane dans le fleuve St-Laurent et les passagers furent recueillis par le « Saint-Sébastien ».

Au dix-septième siècle, il fallait du courage pour traverser l’Atlantique.  Les bateaux étaient petits. Les passagers étaient entassés les uns sur les autres. La maladie pouvait décimer un équipage. Les conditions de navigation faisaient en sorte que chaque fois la traversé était longue et incertaine.

L'arrivée de  1,200 soldats encadrés de nombreux officiers eu un impact considérable sur le développement de la colonie, qui comptait alors environ 3200 habitants. En 1663, la population de Ville-Marie était estimée à 596 personnes. Ces derniers furent mis à contribution pour assurer à cette armée le gîte et le couvert. Mais c’est avec enthousiasme que les soldats furent accueillis car leur arrivée signifiait un développement économique   mais surtout une ère de sécurité après des années de misère : attaques continues des Iroquois, tuerie de Dollard des Ormeaux et de ses compagnons au Long-Sault près de Ville-Marie au mois de mai 1660, tremblement de terre à Québec en février 1663, etc. Ce fut une période faste pour les militaires, la plus grande part du budget allant alors à la défense de la colonie : investissements en matériel et soldes des soldats qui dès lors négocient avec l’habitant.

 

Le Régiment de Carignan-Salières entreprit, en premier lieu, la construction de diverses fortifications pour bloquer la voie d'invasion des Iroquois. 

C’est ainsi  que Vivien partit peu après son arrivée à Québec pour la région de la rivière Richelieu où, avec sa compagnie Contrecœur, dirigée par le capitaine  Antoine Pécaudy de Contrecœur,  il aida à la construction du fort Sainte Thérèse. À la fin de l’automne, sa compagnie gagna le fort Saint-Louis, puis Ville-Marie, pour ses quartiers d’hiver. 
          

Le Régiment de Carignan-Salières affronta successivement les Iroquois et les Hollandais de Schenectady, dans l'Etat de New York.   En 1666, l'armée défaisait les Iroquois et la paix était rétablie pour les seize prochaines années. Les habitants de Ville-Marie  purent enfin mener une vie un peu plus normale. On offrit alors On offre alors aux soldats de s'établir dans la colonie et pour ce faire on leur concéda des terres sur les berges du Saint-Laurent afin qu’ils défrichent et cultivent la terre. Une somme de 100 livres leur fut attribuée. Plus de 400 d'entre eux acceptèrent de rester et de participer au développement de la colonie en plein essor sous la gouverne de l’intendant Jean Talon.


Jean Talon

Jean Talon

Vivien  décidait alors de demeurer au pays. Le régiment de Carignan-Salière ne fut totalement dissous qu’en 1671. Trois cents soldats assurèrent donc de 1668 à 1671 les garnisons de Québec, Trois-Rivières et Ville-Marie. On suppose que Vivien, âgé de 30 ans et soldat depuis plus de dix ans, était l’un d’entre eux  car ce n’est qu’en 1672, année du départ de Jean Talon et de l’arrivée de Louis Buade de Frontenac, nouveau  gouverneur général de la Nouvelle-France, que Vivien  acceptait une terre et se mariait.

 
De 1663 à 1700, la colonie était en expansion. La population de la Nouvelle-France passa d’environ 3,000 habitants à près de 15,000, ce qui était malgré tout très peu par rapport aux colonies anglaises. Une nation canadienne se définissait. La proportion des natifs  du pays dépassait de plus en plus celle des migrants de France.  Mais au premier recensement nominatif de la colonie, effectué en 1666, la population de Ville-Marie était de seulement 624 habitants, mais Vivien n’y figurait pas. Il était donc encore membre du Régiment Carignan-Salières.

Vivien participait à la prospérité de Ville-Marie, d’abord comme soldat du régiment, et probablement comme constructeur de la défense de la ville. Il y a peut-être exercer son métier de cordonnier. Il est aussi très probable qu’il fut coureur des bois. Le commerce des fourrures connut une ère d’expansion de 1663 à 1690. L’agriculture n’était alors qu’une activité de subsistance. Il faudra attendre le XVIIIè siècle pour qu’elle se développe. Un premier recensement nominatif fut effectué à Montréal en 1666.



1672


Vivien, à 33 ans,  prenait donc possession d’une terre de quarante arpents en superficie au Sault Saint-Louis, concédée le samedi, le 20 février 1672, par les Seigneurs de l’Ile, les Sulpiciens. Il s’agissait d’une censive étroite mais très profonde, débutant sur la rive du fleuve St-Laurent en face des rapides dit du Sault St-Louis, ainsi nommée par Champlain parce qu’un de ses compagnons y périt noyé.  Ce territoire connut au fil du temps plusieurs appellations:Côte-des-Argoulets, Côte-du-Sault-Saint-Louis, Pointe-Saint-Louis, Fief ou Côte-de-Verdun et Côte-de-la-Rivière-Saint-Pierre.

Selon le greffe du notaire Antoine Adhémar, Vivien eu au cours des années comme voisin entre autres les dénommés Louis D’Ailleboust , Nicolas Dupuis Montarvan, puis en 1689 Vincent Jean. Est-ce que Vivien s’établit immédiatement sur sa terre ? On ne sait. Il a peut-être continué à vivre à Ville-Marie pour quelques temps, y exerçant son métier de cordonnier  ou encore y faisant la traite des fourrures, florissante à l’époque. Vu sa carrière de militaire, il est probable qu’il se plaisait plus en société qu’en exil sur une terre. Et que des activités de construction de défense de Ville-Marie étaient plus dans ses cordes. 

Ce n’est que l’année suivante, en 1673, qu’un chemin menant de la ville vers la paroisse de Lachine, située en amont des rapides du même nom, fut construit sous l’ordonnance de Louis de Buade de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle- France.

Ville-Marie comptait peu d’habitants à cette époque. On peut parler d’un village d’environ 600 habitants, qui vivaient  dans de modestes maisons de bois, chassaient, pêchaient et marchandaient avec les amérindiens. Le commerce des fourrures était alors plus florissant que le labour de la terre. À cette époque ,Vivien était le concitoyen entre autres de Marguerite Bourgeois et de Jeanne Mance.

Ville-Marie était sous la gouverne de François-Marie Perrot (1644-1691), neveu de Jean Talon. Il remplaçait Paul Chomedey de Maisonneuve   qui était retourné en France. Arrivé à Montréal en 1670,  Perrot conserva son poste jusqu'en 1683 mais sa participation à la traite des fourrures et son application arbitraire des règlements suscitèrent de nombreuses controverses.

L’île de Montréal  était la propriété des Messieurs de St-Sulpice depuis le 9 mars 1663. En 1672, François Dollier de Casson occupait le poste de supérieur du séminaire et, par conséquent il gérait la seigneurie des Messieurs de St-Sulpice.  À ce titre, il contrôlait maints aspects de la vie des citoyens de Ville-Marie et des habitants établis sur leurs concessions. Il organisa en 1672  la construction de l’église Notre-Dame. Et, assisté de Bénigne Basset, notaire, greffier et arpenteur, il entreprit le tracé des premières rues de Montréal.

Carte de l'île de Montréal au XVIIè siècle

Puis, le dimanche 20 novembre 1672, Vivien âgé de 34 ans contractait mariage devant le notaire  B. Basset dit Deslauriers à Montréal le 20 novembre 1672 :                                             

" Contrat de mariage entre Vivien Magdelaine dit Ladouceur, habitant, de l'île de Montréal, fils de Jean Magdelaine, laboureur et de Élisabeth Parise, de la paroisse St-Hilaire, diocèse de Xaintes; et Marie Godin, fille de Pierre Gaudin, charpentier et de Jeanne Rousselière, de l'île de Montréal. "

ll épousait le lendemain, lundi le 21 novembre 1672,  à l’église Notre-Dame  Marie Jeanne Godin, dit Châtillon, née à Montréal le jeudi 19 avril 1657, fille de Pierre Godin (1630 -1685) et de Jeanne Rousselière. Jean Martinet, maître chirurgien, Guillaume Bouchard et Jean Chevalier, habitants  étaient présents au mariage et l’abbé Gilles Perot officiait selon le registre paroissial où étaient aussi inscrits les noms des parents des nouveaux époux : Jean Lamagdeleine, Élisabeth Parrisise, Pierre Gaudin Châtillon, charpentier, et Jeanne Rousselière. Marie Godin était âgée de 15 ans. De leur union naissaient de 1673 à 1687 huit enfants Lamagdeleine dit Ladouceur : Joseph, Mathurin, Étienne, Léonard, Jean-Baptiste, Marie, Nicolas  et Barbe.

Les grands parents maternels de Marie Godin dit Châtillon étaient Louis Rousselière et Isabelle Pariset. Du côté paternel, l’ascendance connue est de plusieurs générations. Le père, Pierre Godin dit Châtillon, né le 17 mai 1630 à St-Vorles, évêché de Langres en Haute-Marne, avait pour père Claude Godin, né vers 1600 à Châtillon sur Seine dans la même région, et pour mère Marie Bardin, mariés, semble-t-il, en 1620. Les parents de Claude Godin étaient Vorle Godin et Brigitte Gouzier, tous deux  nés vers 1570 et originaires de Châtillon sur Seine. Vorle était le fils de Maurice Godin, né vers 1535 à Givet dans les Ardennes en Champagne, et de Huguette Pampelune, née vers 1540. Ils s’étaient mariés probablement en 1560.

Pierre Godin fit partie de « La grande recrue »   organisée par Maisonneuve en 1653 pour peupler Ville-Marie. Il y épousa l’année suivante Jeanne Rousselière native de Saintes en Saintonge, donc de la même région que Vivien. Il fut propriétaire, du 5 novembre 1655 au 2 février 1662, d’un terrain de 32,983 pieds carrés français situé sur le côté nord de la rue  St-Paul, entre la rue St-Vincent et la rue St-Charles. Une maison de 481 pieds carrés français était construite sur ce terrain depuis le 1 mai 1655. Pierre Godin et Jeanne Rousselière ne restèrent à Lachine que le temps pour Godin de construire la chapelle des Saints-Anges, ouverte au culte en 1676 ; le temps aussi, pour leurs filles Marie et Catherine d'épouser deux soldats de Carignan, Vivier Magdelaine dit Ladouceur et Louis Fortin. Il vécut à Ville-Marie une vingtaine d’années avant de se rendre, en 1675, à Port-Royal en Acadie où il mourut en 1685.

Il semblerait que Marie était une adolescente assez espiègle pour ne pas dire autre chose. En effet, quelques mois avant son mariage, soit le 22 août 1672, un dénommé Pierre Boutaux dit La Ramée déposait devant  « Monsieur Le Baillif de l’Isle de Montréal en la nouvelle france » une plainte dont voici un extrait :

 
« Pierre Gaudin dit Chatillon et Laurent Gaudin, son fils avec chacun  un baiston de bois Vert de la grosseur Dun manche de hache et    apparament faits espres", seraient venus a lui alors qu'il était "dans son bled Dinde proche Sa Cabane". Led Gaudin père Luy a dit, Vous donnaste hyer Un soufflet à ma fille et Vous dittes qu'elle vient prendre vre pain, cela n'est pas Vray et avait pris led complaignant au Collet et du baston qu'il tenoit qui au même Instant fut secondé par Son dit fils, Lesquels tous deux ensemble L'ont sy fort maltraitté de Coups de Bastons et par trois reprises Le conduisant Tousjours battant Jusqu'à Sa Cabane dans laquelle II se seroit enfermé pour Eviter leur furie, qu'il en est tout moulu des coups en plusieurs parties de Son corps comme il se pourra mieux Voir par le rapport du chirurgien qui la Visité et pensé cy attaché et dans la suite Seroit Venue La femme Du dit Gaudin père avec Une espée amanchée Toute en cholere Laquelle luy ayant esté osté par son fils Laurent, laquelle II passoit au travers des fentes et entredeux des pieux de Sa ditte Cabane, pour Tascher a en offenser led Complaignant, disant Tuons ce Cocquin La mon père, et nous le Jetterons a la rivièree et sa mère entendant ces parolles, dit tue le ce coquin La ce qu'estant Un guet apend et assassin prémédité." (etc..)

 
et la conclusion après divers interrogatoires et témoignages  aurait été :


"fut communiqué au procureur fiscal et par ses Mains a pairre Cinille pour y prendre telle Conclusion que Jay trouvé bon Estre faict les dit Jour et an que dessus...Il nappert aucune preuve Du Crime Imposé ausd acusez. C'e-t pourquoy, II semble que Le Crime demeure Impuny, faute de preuve...C'est pourquoy Je Requiers que lesd quatre paysans, La grande, soient ouys par la bouche, Pour ensuite prendre Telle Conclusions que nous Verrons bon estre.

 Ce XXXe aoust gbic Soixante & Douse

Basset

greffier po. labsence du

procureur fiscal

fut ledit Lagrandeur Assigné a Sertin Jour Competant Mandons & fait

ce 7bre 1672.

C. D'Ailleboust

 
Mais s’agit-il ici de Marie ou plutôt de Catherine, sa jeune sœur ? Par contre, dix ans plus tard, selon une autre source, une autre plainte fut faite.  Le 27 décembre 1682, Charles de Couagne portait plainte en justice contre Marie Godin. Il l’accusait de  vol. Le 31 décembre suivant, Vivien fut écroué avec son épouse à la prison de Montréal. Le 13 janvier 1683, il fait une déposition à ce sujet et une autre le 4 février suivant. Son épouse fut par la suite convaincue de vol et condamnée.


1681


Vivien, âgé de 43 ans,  ainsi que son épouse et trois de ses enfants, Joseph, Étienne et Léonard, furent dénombrés dans un recensement  effectué à Montréal en 1681. Il y était indiqué que Vivien était établi sur sa terre de deux arpents sur vingt et qu’il possédait « un fusil, deux bêtes à cornes et six arpents de terre en valeur ». Vivien occupe le lot 510 entre le lot 511 d’Antoine Gros dit Laviolette et celui de Mathurin Thibodeau. Selon ce recensement, la population de l'île de Montréal était de 1,389 habitants.

Les attaques des Iroquois recommencèrent. En fait, elles continuèrent jusqu’à la signature du traité de 1701. Louis-Hector de Callière, gouverneur de l’ile,  pris des mesures de sécurité. La construction d’une palissade de bois fut entreprise en 1685 afin de protéger les habitants de Ville-Marie ainsi que ceux des environs. L’ile de Montréal, comprenant la petite agglomération de Ville-Marie, est alors occupé par 1389 habitants. 

Famille en NF

Marie  décédait le dimanche,  26 octobre 1687,  à l’âge de 30  ans. Elle fut enterrée le lendemain, le 27 octobre 1687, à Lachine. Le curé Pierre Rémy officiait lors de l'enterrement de Marie Godin. Il inscrit au registre les noms de René Cuillierier et Claude Cécyre comme présents.

 René Cuillierier est probablement ici le fils aîné de René Cuillierier dit Léveillé, marchand de Montréal , et de Marie Lucos, qui eurent 16 enfants. Il était né à Montréal le ou vers le 16 janvier 1668 et fut enterré à Lachine le 2 décembre 1689 suite à un accident arrivé à la mi-octobre : il serait  " mort noyé en tournant en canot  en venant de France vers les côtes de Québec ".

Claude Césyre ( Césire ) était le fils du laboureur Élie Césire et de Roberte Lallement (ou Peinuet) de St-Gatien-des-Bois de Pont-L'Évêque, à Lisieux en Normandie.  Il épousait Marie Léger le 19 août 1675 à Montréal.

Au décès de Marie, la famille comptait huit enfants dont le plus vieux avait quatorze ans et la plus jeune avait à peine six mois. Vivien  engagea un de ses fils, probablement Jean-Baptiste âgé de sept ans,  pour neuf ans à la Congrégation de Notre-Dame, le 26 septembre 1688. Il fit de même avec Nicolas, âgé de quatre ans, pour douze années auprès des sœurs de la  Congrégation de Notre-Dame, le 16 mai 1690. Les enfants furent logés, nourris et éduqués « dans la foi » en compensation de leurs  services.

Le 16 février 1688, Vivien assista au mariage de Jean Nepveu et Catherine Godin. Il était le beau-frère de celle-ci et connaissait très bien Jean Nepveu. Les deux familles étaient proches l'une de l'autre.  En effet, Jean   était présent au baptême de Barbe, la cadette des  filles de Vivien, décédée à la naissance le 22 octobre 1687. Jean fut inscrit ainsi que  sa femme Catherine Godin au registre paroissial  de Ste-Anne lors du baptême   d'Élisabeth fille d'Étienne et petite-fille de Vivien qui eut lieu le 10 mars 1709.

Jean Neuveux, ou Neveu ou Nepveu, était le fils de Gilles Neuveux, laboureur, et Claude Gaudronne, de La Guenille, paroisse St-Germain, évêché de Poitiers dans le Poitou.  Catherine Godin, âgée de 28 ans, était la sœur cadette de Marie Godin et  la veuve de Louis Fortin dit  Lagrandeur, soldat de la compagnie de La Freydière du Régiment de Carignan-Salières . Étaient présents aussi à ce mariage : Jean-Louis Delacorne Dechapts,écuyer, âgé de 21 ans, commandant le fort de la paroisse de Lachine; le père et le fils Cullierier ainsi que le notaire Jean-Baptiste Pottier. La cérémonie du mariage était présidé par le curé Pierre Rémy.

Jean-Louis de Lacorne, sieur de Chaptes, né le 23 octobre 1666 et baptisé le 26 à Chaptes, paroisse de Beauregard-Vendon dans la région de Clermont en Auvergne, Puy-de-Dôme,  était le fils de Luc de Lacorne et d'Antoinette d'Allemagne de la Font.  Militaire de carrière, il fut sous-lieutenant en 1685 au Canada, lieutenant en 1693, capitaine en 1706, chevalier de St-Louis en 1713, major à Trois-Rivières de 1714 à 1716, major des troupes au Canada de 1716 à 1726 et lieutenant du roi   à Montréal en 1726.

Jean-Baptiste Pottier ou Pothier était le fils de Jean Pothier, marchand, et de Marguerite de Xaintes ( ou de   Saaniles ), de la région de Chartres en Beauce, Eure-et-Loir. Il fut  chantre et maître d'école à Lachine en 1686, receveur en 1687, secrétaire des seigneurs de Montréal en 1687, notaire en 1688, subsitut du procureur fiscal de Montréal de 1690 à 1693, notaire royal à Montréal en 1693, à Trois-Rivières en 1701, sergent royal ou huissier en 1703 et arpenteur juré à Trois-Rivières en 1711.


1689


Vivien, âgé de 51 ans en 1689, vécu d’assez près le massacre de Lachine où une bande d’iroquois s’attaqua à de nombreuses familles de la région. Dans la nuit du jeudi 4 au vendredi 5 août 1689, une attaque surprise fut menée contre les habitants de Lachine. Les iroquois  firent  « brûler toutes les granges et maisons qui étaient en plus de trois lieues de pays dans la [sic] canton qu’on appelle Lachine et enlev[é] plus de 200 personnes, tant hommes que femmes et enfants, après en avoir massacré plus de 200 dont ils avaient cassé la tête aux uns, brûlé, rôti et mangé les autres, ouvert le ventre des femmes grosses pour en arracher les enfants et fait des cruautés inouïes et sans exemple » [Eccles, W.J. cité in : Lacoursière, 1:1995, p. 175].    Le nombre exact des victimes varie selon différentes sources d'informations, mais il reste que l’événement fut marquant pour les habitants. Cinq ans plus tard, la découverte de plusieurs squelettes est consignée dans un document daté de 1694 et signé  par Pierre Rémy, curé de Lachine.

Vivien n’était plus soldat depuis longtemps mais il continuait à vivre dans un contexte de guerre. En 1690, les Anglais étaient  aux portes de Québec avec une flotte d’une  trentaine de navires arrivés de la Nouvelle-Angleterre sous les ordres de Sir William Phipps. À 6 h 00, le lundi 16 octobre 1690 du matin, un émissaire venait sommer le gouverneur Frontenac de se rendre d’ici une heure. Frontenac lui donnait alors cette célèbre réponse : “ Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusils ; qu’il apprenne que ce n’est pas de la sorte qu’on envoie sommer un homme comme moi ; qu’il fasse du mieux qu’il pourra de son côté, comme je ferai du mien ” [Brown, Craig. p. 169 / Lacoursière, 1:1995, p. 179]. Pendant deux jours, les Anglais  bombardèrent Québec, mais sans grand succès, et le 24 octobre 1690, les Anglais  levèrent l’ancre.


1698


Vivien  achetait des Sulpiciens en 1698, à l'âge de 60 ans,  au prix de 400 livres, une terre de soixante arpents en superficie à la côte Saint-Louis. Et Vivien continue de participer à la vie communautaire. Ainsi, Vivien assista aussi au mariage  d'une des filles de Catherine Godin, issue de son premier mariage avec Louis Fortin, Catherine Fortin. Catherine épousait à Lachine, le 28 juin 1700,  Pierre Leduc, fils de Pierre Leduc, maître fourbisseur, et d'Anne Martin., tous deux de la paroisse St-Laurent de Rouen, en Normandie. Pierre était  arrivé en Nouvelle-France le 6 juillet 1691à titre de soldat de  de la compagnie de Lamothe, Il était maître chaudronnier. Vingt-trois personnes furent inscrites au registre paroissial pour ce mariage : les deux mariés; les parents de Pierre, Pierre Leduc et Anne Martin décédés; le père de Catherine, Louis Fortin, décédé; et Catherine Godin, mère de Catherine Fortin, présente. Plusieurs proches de la famille furent inscrits au registre comme présents à la cérémonie. Ce sont mesdames Marie Fortin, Marie Roy, Marie Lhomme, Catherine Césire et Marie Clémence Rapein. Les hommes présents étaient Jean Neveu, René Fortin, Jean Chotart, Jean-Baptiste Lesnart, Étienne Magdelenne Ladouceur, Jacques Biguot, Guillaume Rousser et un dénommé  Pottier, soit le notaire Jean-Baptiste Pothier ou le jésuite Nicolas Pothier. Deux autres personnes sont inscrites au registre sans être notées comme présentes soit   Decallière, " gouverneur général de la France septentrionale, chevalier, " et Delamotte.

Louis-Hector de Callière était depuis le 29 novembre 1698  gouverneur de la Nouvelle-France. Il fut fait chevalier de St-Louis le 1 février 1694. Né le 12 novembre 1648 à Torigni-sur-Vire à St-Lô, en Normandie, il était le fils du gouverneur de Cherbourg, Jacques de Callière et de Madeleine Potier de Courcy.  Il avait été gouverneur de Montréal du 10 avril 1684 au 20 avril 1699. Il décéda à l'âge de 54 ans, le 26 juin 1703 à Québec où il fut inhumé le 28 du même mois. 

Jean Chotart, marié à Marie-Madeleine Fortin depuis deux mois, était un soldat de la compagnie de Lorimier. Jean Chotart dit saintonge était originaire de Marennes dans la régon de Rochefort, évêché de Saintes, en Saintonge, Charente-Maritime. Il était le fils Jean chotart et marie Chaineau.

En 1700, la population de l’île de Montréal est estimée à 2,969 habitants, dont environ 2,100 personnes habitaient dans la ville ou sur le territoire environnant de la paroisse de Notre-Dame-de-Montréal. Le reste de la population est dispersée de la Pointe-aux-Trembles à Ste-Anne du Bout de l’île. Et, en 1703, une épidémie de variole tue plus de 250 personnes dans l’île.

En 1705, à l’âge de 67 ans, Vivien se départit d’une de ses terres.  Il vendit la terre acquise en 1698 à François Le Gantier de Rané pour la somme de 830 livres.  Il  enregistra un contrat de vente  chez le notaire A. Adhémar dit Saint-Martin le 2 mars 1705 :

" Vente d'une terre située au haut de l'île de Montréal, paroisse St Louis; par Vivien Magdeleyne dit Ladouceur, veuf de Marie Godin, de Lachine en l'île de Montréal, Joseph Magdeleynes, demeurant au haut de l'île de Montréal, Étienne Magdeleynes, demeurant au haut de l'île de Montréal, Léonard  Magdeleynes, demeurant au haut de l'île de Montréal, Étienne Magdeleynes, et Jean Magdeleynes, demeurant au haut de l'île de Montréal, ses fils, faisant tant pour eux que pour Nicolas Magdeleyne (mineur), à François Legautier de Ranné, écuyer et lieutenant d'une compagnie des troupes du détachement de la Marine et Barbe Loisel, son épouse, de Lachine. "


1708


Vivien décéda à Lachine le lundi 15 octobre 1708. Il était âgé de 70 ans. Il fut  inhumé le lendemain 
en présence, entre autres, de ses fils Joseph et Étienne ainsi que du bedeau Jacques Trévoret qui agissait comme fossoyeur. Contemporain des fondateurs de Ville-Marie, il fut reconnu comme l’un des pionniers de Montréal. 

Michel Ladouceur
Laval, Québec
Mars 2005