M O N O G R A P H I E
L’Aubette ou la couleur
dans l’architecture
En september 2006 est paru
chez 010 Uitgevers, Rotterdam,
et chez les Editions des Musées
de Strasbourg, une monographie
sur l’Aubette.
L’Aubette jouit, comme
Gesamtkunstwerk des années 1920,
d’une large renommée. De nombreuses
publications citent ce monument du
modernisme, tandis que cette œuvre
d’art a également fait l’objet de
manifestations. Nous pouvons citer les expositions à Paris et celle de Strasbourg, en 1989, ainsi que le colloque « L’Aubette ou la couleur dans l’architecture », organisé en mai 2004.
Ces deux dernières manifestations étaient placées dans le contexte des initiatives de la Ville de Strasbourg de réhabiliter le monument, dont l’étage a été entre temps classé monument historique.
Le succès de ce colloque fut l’occasion de compiler les contributions en une monographie, afin que le riche matériau collecté soit accessible également en dehors de Strasbourg. Tous les aspects marquants de l’Aubette n’ayant pu être traités lors du colloque, il a été décidé de compléter l’ouvrage par quelques contributions spécifiques.
Cette monographie comporte trois volets, qui abordent l’Aubette sous l’angle de son projet d’origine, du point de vue de l’histoire de l’art et la considèrent finalement comme objet de restauration. Le développement de la ville de Strasbourg dans les années 1920 joue un grand rôle dans la naissance de l’Aubette comme création artistique. Sous plusieurs aspects, la ville se trouve en effet à cette époque à mi-chemin entre Paris et Berlin. Les riches informations fournies par Georges Foessel et François Pétry au sujet de la naissance de ce lieu de divertissement, ainsi que la correspondance entre les Arp, les Van Doesburg et leurs commanditaires, les frères Horn, présentée par Marguerite Tuijn, nous font véritablement remonter le temps.
La deuxième partie, dont le sujet est la création artistique en tant que telle, est introduite par un développement historique de Carel Blotkamp que les contributions sous la forme d’essais d’Enrique Granell et Aaron Betsky rattachent à l’esprit des années 1920. Le thème central de la monographie, c’est-à-dire la relation entre couleur et architecture, est présenté par Matthias Noell et sa synthèse richement documentée sur l’introduction de la couleur dans l’architecture. Evert van Straaten se penche ensuite sur la ou plutôt les théories de Theo van Doesburg, telle que publiées dans « de Stijl ». Les articles de ce dernier, portant sur ce thème et concernant l’Aubette sont, étant donné leur importance dans l’interprétation des espaces qu’il a conçus, intégralement reproduits. Puis sont traités les ‘autres aspects’ de l’Aubette : Isabelle Ewig aborde les influences de dada, mouvement dans lequel les trois artistes, ainsi que la femme de Van Doesburg, Nelly van Moorsel, ont joué un grand rôle. Sont ensuite explorés des terrains annexes. Roxane Jubert traite de façon très complète et détaillée la typographie fameuse mais peu commentée de Van Doesburg, mise en circulation sous les noms « Architype Van Doesburg » et « Architype Aubette ». Otakar Macel s’est attaché au mobilier, dont, pour reprendre les mots de Van Doesburg, « toute dimension artistique a été écartée ». Gabriele Mahn clôt cette partie par une étude du rôle – insuffisamment considéré - de Sophie Taeuber et replace ainsi les espaces créés par elle dans l’ensemble de son œuvre plastique.
Il faut ici s’arrêter sur l’attention particulière dont bénéficie Theo van Doesburg. Bien qu’il n’ait pas été à l’origine du projet – il y a été associé par les Arp, et c’est probablement Sophie Taeuber qui a obtenu la commande – il y a deux raisons au rôle de premier plan qui lui est toujours accordé lorsqu’il s’agit de l’Aubette. Premièrement, contrairement à Arp et Taeuber, il a beaucoup écrit au sujet de l’Aubette, et en particulier bien sûr sur son travail et son rôle dans le projet. C’est pour cette raison semble-t-il que son nom est spontanément associé à cette création. Ceci est renforcé par le fait que ce sont justement des espaces dont il avait la charge, à savoir le Ciné-bal et la Salle des fêtes, qui sont les espaces les plus connus du monument. Il faut en second lieu rappeler que Van Doesburg est décédé à peine quelques années après l’achèvement de l’Aubette et celle-ci est un des rares parmi ses projets architecturaux à avoir effectivement été réalisée. Elle est également pour cette raison centrale dans son œuvre, tandis qu’elle occupe une place moins significative dans les œuvres plus étendues de Taeuber et surtout de Arp. En d’autres termes, alors que les écrits concernant les contributions de Van Doesburg sont légion, il est nécessaire de poursuivre les recherches pour préciser le rôle des Arp dans cette œuvre d’art.
Cette monographie, comme c’était le cas du colloque en 2004, a également pour fonction d’accompagner la restauration et la conservation de ce monument. Pour cette raison, une attention toute particulière est accordée au processus de restauration et aux exigences spécifiques qu’il suppose. Que cette partie soit en grande partie constituée de contributions d’auteurs néerlandais indique que les monuments de la modernité jouissent dans ce pays d’une attention particulière et que s’y sont développées des compétences spécifiques en matière de restauration. Marieke Kuipers aborde l’Aubette sous l’angle de l’éthique de la restauration et explore ses limites et ses possibilités, également du point de vue des fonctions futures. La contribution de Joris Molenaar éclaire, à l’aide de divers exemples connus et récents de l’architecture allemande et néerlandaise, la réalité effective des restaurations-reconstructions. Mariël Polman présente ce qui dans le cas de la restauration de l’Aubette fait figure de « plat de résistance » : la recherche chromatique comme instrument essentiel de la restauration des monuments récents. Le monologue de Véronique Giroud au sujet de la fiction d’une rencontre entre Van Doesburg et Rodchenko à Paris nous ramène vers l’art d’aujourd’hui, celui de Michel Aubry. En tant qu’artiste, il se penche entre autre sur ces créations qui, destinées à être temporaires, s’avèrent pourtant indestructibles et « ne vivent pleinement que par la pratique. »
La monographie a été réalisée par l’Association, en partenariat avec les Musées de Strasbourg et l’Institut Neérlandais d’Architecture (NAi) avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas et la
DRAC-Alsace.
010 Uitgevers, Rotterdam
ISBN 978-90-6450-597-3
Editions des Musées de Strasbourg
ISBN 2-301833-94-2

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