On meurt aussi le dimanche 


L'infirmière a prévenu mes parents que ma grand-mère pouvait décéder à chaque instant.
Depuis on attend ce coup de fil.
Curieuse ambiance. 

L'infirmière de la maison médicalisée dans laquelle survit ma grand-mère depuis plusieurs années, depuis ses fractures du bassin, a appelé vendredi, et annoncé en prenant tous les gants et toutes les circonvolutions possibles, que ma grand-mère était désormais sous perfusion et sous oxygène, et pouvait partir à chaque instant : dans la nuit - de vendredi à samedi-, dans les heures ou les jours qui suivaient, bref n'importe quand désormais.

Non pas que sa dernière prise de sang soit mauvaise, mais ses dernières et faibles forces l'abandonnent et elle nous quitte comme une bougie qui s'éteint.
Elle va mourir de rien en particulier : "de vieillesse" comme on dit.
Ma foi, il y a des façons pires de partir.
Et des âges plus scandaleux que ses 93 ans.

Mais l'attente est bizarre.
On se lève le matin en craignant de recevoir le coup de fil à la première heure.
On est presque -enfin- délivré quand la journée est passée de ne pas l'avoir reçu.
Comme un idiot, hier soir samedi j'étais même rassuré et me disais qu'au moins dimanche, on était tranquille.
Comme si la Grande Dame en Noir ne travaillait pas aussi les dimanches, comme si on ne mourrait que les jours ouvrés.

Curieux retour de vacances : peur rétrospective qu'elle ait pu nous quitter tandis que j'étais à 6600km ou - égoïstement pire- juste avant que je parte. Curieuse attente. Temps de merde ...



PS : Mort un dimanche de pluie - J'aimerais pas crever un dimanche - On n'enterre pas le dimanche - Comme un dimanche - Sombre dimanche, et une poignée d'autres titres étaient possible, je sais ... 

Posté : Dim. - Août 21, 2005 à 05:35 PM        
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